Dojo zen de Saint-Denis de la Réunion

  Pratique de la méditation zen

Questions à un maître zen

Mondo avec Maître Deshimaru

Questions de disciples et réponses de Maître Deshimaru

Deshimaru
La voix du milieu
L'être humain
Le karma
Illusions, attachement, souffrance
Aider les autres
Le bien et le mal
La mort
La conscience
L'impermanence, ici et maintenant  
Satori
La civilisation moderne
La vie quotidienne
Zen et christanisme
Dialogue avec les moines chrétiens
Faire zazen
La posture
La tradition

 

Aider les autres

Question :

Qu'est-ce que la compassion?

Réponse :

Jihi est la compassion. L'amour a beaucoup de degrés, de formes. L'amour universel est le plus profond. Si nous avons pitié de quelqu'un, il ne s'agit pas seulement de sa souffrance matérielle, affective, de sa détresse. Nous devons devenir pareil à lui, avoir le même esprit que lui. Comment aider, soulager, guérir? Nous devons toujours, non pas voir les choses de notre point de vue subjectif, mais devenir l'autre. Sans dualité. Non seulement l'aimer mais nous identifier à son esprit. Dans l'amour, on est toujours deux. La compassion est unité.Lorsque je vous rencontre, je deviens vous-même. Comment allez-vous? Pas mal? Quelqu'un m'a fait un don hier. Je dois lui rendre le double. L'amour souvent c'est le contraire à la fin, on fuit, on s'échappe... La vraie compassion est authentique sympathie. Nous devons nous oublier nous-même pour devenir l'autre. Mais, la compassion doit toujours aller de pair avec la sagesse. Et la sagesse avec la compassion. Il y a beaucoup d'écrits à ce sujet en Chine et au Japon. En fait, le monde entier le proclame, mais dans le bouddhisme c'est devenu une force puissante.Dans l'amour, il existe toujours une dualité, une opposition entre les partenaires. Mais dans la compassion les deux êtres ne font qu'un. L'amour est relatif. La compassion est communion totale de deux êtres. Mais sans sagesse l'amour est aveugle. A notre époque, bien des parents aiment leurs enfants par attachement égoïste. Aussi leurs enfants leur échappent-ils. Trop d'attachement n'est pas véritable amour, véritable compassion.

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Question :

Vous dites que le zen veut atteindre la plus haute sagesse et l'amour le plus profond. Or certains craignent que le zazen développe l'indifférence aux autres et ils opposent à la méditation la charité active prônée par le christianisme. Comment pourriez-vous expliquer en quoi le zazen développe une attitude d'amour?

Réponse :

La dimension ultime dans les profondeurs de l'être, la dimension suprême de la vie est conscience et amour universel. Ils ne peuvent exister l'un sans l'autre. Vérité et amour sont une seule et même chose. On peut donc dire que la charité active prônée par le christianisme est incluse dans cette dimension et en est l'émanation directe.Le bouddhisme zen aussi est une religion de l'amour puisque c'est celle des bodhisattva : abandonner tout pour aider les autres, travailler à leur salut avant son propre salut (cela va encore plus loin que dans le christianisme). Et, parmi les préceptes à observer, le premier est fuse, la charité, qui ne consiste pas seulement à donner matériellement, mais à donner moralement aussi, se sacrifier; qui n'est pas seulement donner à quelqu'un, mais se donner, et donner à Dieu, à Bouddha. Mais où puiser la source de cette charité active si ce n'est dans la connaissance de son propre cœur, de son profond ego, qui est celui de tous, dans la méditation?L'enseignement du zen consiste aussi à s'harmoniser : dire les sutras ensemble, méditer ensemble, développer cette harmonie ensemble.Etre moine, en japonais, signifie: harmoniser.La solitude spirituelle intérieure est bonne, mais il faut toujours s'harmoniser avec, se tourner vers les autres.«Aller tous ensemble, au-delà du par-delà » sur l'autre rive.

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Question :

La recherche personnelle de libération intérieure n'est-elle pas égoïste par rapport à la recherche de libération collective?

Réponse :

Les deux sont nécessaires. Si je ne peux pas résoudre mon problème, je ne pourrai pas aider les autres à résoudre les leurs. Il faut que je me libère moi-même de mes problèmes pour aider les autres à se libérer. Les deux sont donc nécessaires.Les occidentaux veulent toujours aider les autres. Les catholiques aussi veulent aider les autres pour leur salut, et pour leur bien propre. Dans le Mahayana, c'est identique, mais nous devons, avant, nous comprendre nous-mêmes.

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Question :

Vous dites souvent que faire zazen résout le problème de la vie et de la mort. Mais comment résoudre la souffrance des autres?

Réponse :

Vous devez d'abord résoudre vos propres souffrances, car si votre cerveau n'est pas dans sa condition normale, vous ne pouvez pas aider les autres. Vous les ferez devenir encore plus compliqués qu'ils ne sont. Vous m'avez un jour dit vous-même : « Le samu m'a fait résoudre mes souffrances alors qu'avant je souffrais beaucoup. Les poisons de mon corps et de mon esprit se sont évanouis. » Si vous faites zazen, vous pouvez aider les autres. Inutile d'y penser. Faites zazen. Ne compliquez pas. Ensuite vous résoudrez les souffrances des autres. Il faut de la sagesse pour savoir aider.

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Question :

Comment aider les autres concrètement?

Réponse :

Que veut dire aider?Etre sans but, sans objet est le mieux... Si pendant zazen vous pensez : «Je dois aider un tel et faire zazen pour cela maintenant », votre zazen n'est pas bon. Faire zazen avec l'esprit mushotoku, «non profit », est le plus important; au-delà de l'objet, c'est le zazen le plus élevé. Pas la peine de penser : «Je dois faire un zazen profond pour aider les autres. » Shikantaza signifie : seulement s'asseoir, sans but. Faire zazen, automatiquement, naturellement, inconsciemment, et son influence deviendra infinie. Dogen a écrit que si une personne fait zazen, ne serait-ce qu'une heure, elle influence tous les hommes, le monde entier. Difficile d'aider les autres. Il ne suffit pas de donner de l'argent.L'important reste d'être toujours au-delà des catégories sinon on devient étroit, de plus en plus étroit.La conscience hishiryo est infinie...

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Question :

Que signifie la phrase «Donner aux riches et recevoir des pauvres»?

Réponse :

Les gens nantis ont toujours peur qu'on leur demande quelque chose. C'est un phénomène psychologique. A l'inverse, ils auront sûrement une bonne surprise si on leur donne quelque chose. Etes-vous riche ou pauvre?Je suis pauvre. Si, alors que vous êtes pauvre, vous donnez, ceci est vraie charité. Les personnes riches peuvent toujours faire un don; mais pour vous il s'agit d'un véritable fuse, d'un don de grande valeur, de grand prix.Au Japon, il existe à Nara un très grand temple qui se nomme Todaiji. Dans ce temple, il y a une énorme statue du Bouddha. Son fondateur, Maître Genjo, avait été prié par l'empereur de construire un grand temple. Celui-ci se rendit alors sous un pont à Tokyo où vivaient un grand nombre de mendiants. Il leur demanda, après avoir fait sampai devant eux, de donner une aumône. Ils eurent un grand choc, une immense surprise. Puis ils ressentirent une grande fierté.Chaque jour, Genjo venait faire sampai devant eux. Et chaque jour, ils lui donnaient un peu d'argent. Certains donnaient davantage. Ainsi, il commença à construire le temple. Il leur expliquait ce que serait la statue à édifier et de quelle façon, en participant à cet édifice, ils deviendraient grands dans l'Histoire. Ce Bouddha est assis sur une fleur de lotus.Les mendiants ont beaucoup donné et toute la journée, ils en parlaient. Avant cet événement, ils demandaient toujours en se plaignant « Je suis malade, aidez-moi, s'il vous plaît. » Après, ils devinrent de vrais sages, transmettant de profondes paroles. Ils firent don de la moitié de ce qu'ils recevaient pour construire le temple et ceci jusqu'à son achèvement.

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Question :

Quelle différence y a-t-il entre le Bouddha et les bodhisattva?

Réponse :

Difficile à expliquer. Il faudrait pour cela une conférence entière. Le bodhisattva est un Bouddha vivant.Dans le bouddhisme Mahayana, on ne redoute pas l'enfer. Dans le christianisme, c'est le châtiment suprême.Dans le zen, quand on doit aller en enfer, on y va. Si on allait à côté du Bouddha, il faudrait faire constamment zazen et ce ne serait pas tellement la liberté... Donc, les gens considèrent qu'aller en enfer est mieux! Le moine zen doit sauter en enfer pour aider ceux qui souffrent. Le bodhisattva doit sauter dans la souillure de la société. Sauter, et non pas tomber! Tomber ou plonger dans la Seine est totalement différent. Si on tombe dans la Seine, la seule idée qu'on ait est de sauver sa vie. Si on saute dans la Seine, on nage et on peut sauver celui qui se noie. Les bodhisattva sautent dans le social pour aider.Les statues du Bouddha et celles des bodhisattva sont différentes. Bouddha n'a aucune décoration, alors que les bodhisattva en portent. Ils n'ont pas besoin de couper leurs cheveux, ils portent les mêmes vêtements que les civils. Ils vivent dans la société. Ils ne changent pas leur vie. Ils sont seulement différents à l'intérieur.Il est parfois nécessaire de toucher aux souillures un moine a, ainsi, passé sa vie en prison pour aider les prisonniers. Comme sa conduite était exemplaire, on le relâchait rapidement. Alors, il commettait de nouveaux délits pour retourner en prison. A la fin, il n'y eut plus de prisonniers..., sauf lui.Un maître zen fut, toute sa vie, le comptable d'une maison de geishas. Les geishas sont devenues nonnes (peut-être aussi, quelques nonnes sont-elles devenues geishas... l'histoire ne le dit pas). Il faisait des conférences à tous les hommes qui venaient dans cette maison. Les hommes ont complètement changé et beaucoup sont devenus moines. Cela aussi est la vocation du bodhisattva. Les exemples de ce type abondent.

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Question :

Dogen a critiqué Rinzaï. Les maîtres se critiquent les uns les autres. Que pensez-vous de la critique?

Réponse :

La discussion est nécessaire pour progresser. Les critiques personnelles sont mauvaises et même interdites. Mais les discussions sur les écoles différentes, les doctrines, les philosophies, sont nécessaires. Aussi, parfois, une véritable critique est-elle bénéfique. J'aime recevoir de vraies critiques, elles me font progresser. Les critiques de Dogen à l'égard de Rinzaï furent véritables. Et si vous voulez trouver le vrai zen, l'autocritique est nécessaire. Non une critique égoïste mais un moyen de trouver pour soi ce qui est le mieux, la vraie religion.

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Question :

D'une manière générale, quand quelqu'un se trompe sur quelque chose, faut-il le laisser faire ou essayer de lui montrer son erreur?

Réponse :

Chacun doit comprendre par soi-même. On ne peut pas boire à la place de la vache. On la mène à la rivière, mais c'est elle qui doit boire. On doit comprendre par soi-même!

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