Dojo zen de Saint-Denis de la Réunion

  Pratique de la méditation zen

Questions à un maître zen

Mondo avec Maître Deshimaru

Questions de disciples et réponses de Maître Deshimaru

Deshimaru
La voix du milieu
L'être humain
Le karma
Illusions, attachement, souffrance
Aider les autres
Le bien et le mal
La mort
La conscience
L'impermanence, ici et maintenant  
Satori
La civilisation moderne
La vie quotidienne
Zen et christanisme
Dialogue avec les moines chrétiens
Faire zazen
La posture
La tradition

 

Illusions, attachement, souffrance

Question :

Qu'est-ce que la souffrance, et pourquoi souffrir?

Réponse :

C'est uniquement votre esprit qui souffre. Si vous êtes anxieux, vous souffrez; mais si vous coupez les racines de l'anxiété, cette souffrance disparaît.Le Bouddha se posa aussi cette question.L'ego ne souffre que pour lui-même, sans lui la souffrance n'existe plus. Cette souffrance est celle de la conscience que l'on a de la vie, de la famille, des désirs, de l'avenir. C'est pourquoi le bouddhisme recommande de couper avec la famille, l'argent, la société, etc.Mais ceci ne s'applique qu'au niveau de l'esprit et non à celui de la forme. Si vous coupez votre amour pour votre famille vous pourrez par la suite l'aimer réellement et profondément, sans égoïsme.La compréhension de ce qu'est l'ego engendre cet amour profond et vrai, amour sans but et sans profit qui est universel et éternel.La souffrance est alors inutile.L'amour, le travail ne provoqueront plus de souffrances, les racines seront coupées, « comme dans un cercueil ».A l'intérieur de vous-même, il ne restera plus rien, l'ego abandonné signifiant le vrai bonheur.A l'extérieur pourtant on continue à agir, aimer, travailler, il n'y a là aucune contradiction. C'est la condition normale permettant l'harmonie avec les autres par la vraie liberté intérieure et la vraie simplicité. La religion, c'est suivre cette liberté intérieure et non pas une quelconque morale. La vraie religion, c'est s'harmoniser avec l'extérieur, avec la société, avec tout ce qui nous entoure. Telle est la place du bodhisattva, la place du moine.Le problème de toutes les religions est de supprimer la souffrance; ce problème est leur source, et la source de toute vie spirituelle. La plus grande souffrance est la mort. C'est pourquoi nous avons besoin d'une vie spirituelle.

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Question :

Comment échapper aux complications de la vie?

Réponse :

Les complications signifient ne pas avoir assez de sagesse. Quand on devient sage, on perd ses complications.Si vous voulez devenir profond, vous devez traverser vos complications. Si vous voulez comprendre le zen, traversez les difficultés d'une sesshin. Si vous traversez ces difficultés, vous pourrez comprendre. Il faut les traverser pour devenir fort. Ceux qui n'ont pas eu de complications ont un visage, un esprit différents; après les difficultés, s'ils ont compris, ils reviennent à la véritable simplicité de l'enfant, au véritable esprit. Ils ne peuvent pas retourner à des situations compliquées.

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Question :

Est-il nécessaire de passer par la maladie, la mort et la souffrance pour parvenir à ku?

Réponse :

Cette expérience est mujo, l'impermanence, la source même du bouddhisme, l'expérience originelle du Bouddha.Comment résoudre les souffrances? Cette question est à l'origine de presque toutes les religions. Mais inutile de se dire «Je dois comprendre la souffrance et pour cela il faut que je souffre. » Vous en ferez sûrement l'expérience dans votre vie. Si vous faites zazen, vous pouvez connaître votre souffrance objectivement. Puis le temps passe et elle devient comme un rêve.Dans la souffrance, il faut parfois s'observer objectivement, comme en zazen. Elle ne revêt plus alors autant d'importance. Elle disparaît, comme les désirs et les peines s'évanouissent à l'instant de la mort.

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Question :

Est-ce qu'en s'asseyant pour zazen, par le contrôle de l'esprit et de la posture, on peut couper l'attachement et les désirs?

Réponse :

Oui, mais pas en une seule sesshin. C'est pourquoi il faut continuer la pratique.Couper l'attachement est très dur. L'attachement représente le karma non manifesté. On comprend intellectuellement qu'il faut rejeter l'attachement mais en pratique c'est très difficile à réaliser.Si on continue zazen, inconsciemment, naturellement, automatiquement, l'attachement décroît et, à la fin, si l'on veut s'attacher à quelque chose, on ne le peut plus. Satori.Un de mes disciples m'a demandé «J'ai une fiancée et je lui suis très attaché. Comment couper cet attachement? » Je lui ai répondu «Prenez deux, trois, plusieurs fiancées. De cette façon l'attachement changera, se répartira et décroîtra. A la fin, vous serez fatigué et plus du tout attaché. »Si vous continuez zazen, il n'y a plus de volontarisme. Inconsciemment, vous devenez paisible. Quand vous faites zazen, vous pénétrez dans votre cercueil où rien n'est plus tellement important, où il n'y a plus besoin de s'attacher. Si vous êtes attaché, votre action ne peut pas être équilibrée puisque vous agissez avec passion... Mais par zazen l'attachement subjectif disparaît, vous pouvez devenir fort, agir de façon forte et vous harmoniser. Alors l'esprit intérieur devient complètement calme.

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Question :

Est-ce que le fait de vouloir la vie éternelle de l'âme pas une forme d'attachement?

Réponse :

Oui, tout le monde désire cela. Mais dans l'attachement tout n'est pas mauvais. Par exemple, l'attachement à zazen. L'attachement au satori est mieux que l'attachement au sexe. Ce n'est pas un attachement mais un espoir, un idéal.

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Question :

Bouddha est-il devenu Bouddha en ayant coupé toutes ses illusions?

Réponse :

Il lui en restait sûrement un peu!Ce n'est pas possible de tout couper, même pour Bouddha. Mais il pouvait voir son karma pendant zazen et obtint ainsi le satori. Il n'a vu que la racine du mal et ainsi il a pu tout comprendre. On ne peut pas tout couper, même pendant zazen... Mais on voit en soi-même le processus de l'erreur et cela est satori.Pendant zazen, si vous pensez que vous avez le satori, vous êtes un peu fou. S'il avait pensé cela, le Bouddha n'aurait pas eu le satori. Mais il a compris son karma et c'est cela l'important de son expérience.Vous devez comprendre votre karma. Si vous comprenez vraiment, si vous vous confessez à vous-même, vous obtenez le satori et vous pouvez faire décroître votre karma.

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Question :

La liberté est-elle quelque chose de réel ou d'illusoire?

Réponse :

La vraie liberté est celle qui est à l'intérieur de l'esprit. Objectivement certaines personnes semblent libres mais subjectivement elles ne le sont pas du tout. Je me sens libre malgré les préceptes. Je n'ai pas tellement de désirs, je vis simplement. Même lorsque je connais des échecs, même si ma mission échouait, je me retrouverais avec simplement mon kolomo, mon crâne rasé et mon kesa à dormir sur le bord de la route , un vrai moine zen.Les gens ambitieux et pleins de désirs sont toujours en quête de liberté mais ils ne peuvent pas l'atteindre; ils sont toujours anxieux, tristes, leurs désirs ne font que croître et ils finissent par être malades, névrosés. La liberté ce n'est pas faire ce que l'on veut. Trop de satisfactions aux désirs ne conduisent pas à la liberté, car les désirs de l'homme sont illimités.Il vaut mieux faire décroître ses désirs.La liberté est une chose différente pour chaque âge, chaque karma. Les jeunes ne doivent pas devenir étroits sous prétexte de limiter les désirs. La voie du milieu, l'équilibre sont importants.Autant que possible il faut sublimer les désirs; ainsi vient la liberté, grâce à un idéal spirituel.

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Question :

Vous parlez souvent de la plus grande liberté offerte par zazen, et vous dites aussi qu'on ne peut complètement en finir avec les illusions. N'y a-t-il pas là une contradiction? Comment concilier illusions et liberté?

Réponse :

C'est possible. Les illusions finissent vraiment dans le cercueil, mais il est important de les contrôler. Les couper avec une ceinture de chasteté rend hystérique...Alors comment les contrôler par la pratique de zazen? Contrôler ne veut pas dire couper. Dans la vie moderne, si l'on veut gagner de l'argent par exemple, on se concentre sur l'argent, mais sans courir après, sans s'attacher à cet argent. On le reçoit sans avidité, sinon il s'enfuit... comme le chat. Demeurer paisible, non anxieux, est mieux. Ainsi, par zazen, pouvons-nous contrôler les désirs quand ils apparaissent.

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Question :

Que signifie satori et illusion sont identiques?

Réponse :

Je dis toujours satori devient illusion et illusion devient satori. En zazen, les illusions montent, passent et s'évanouissent.Les Occidentaux distinguent toujours entre illusion et satori. Ils font toujours des catégories; d'un côté le bien, de l'autre le mal. Ce n'est pas si simple. Le bien peut devenir le mal et vice versa. Le malheur peut amener le bonheur, et le bonheur le malheur.La facilité ne conduit pas au bonheur. Perdre ses nombreuses illusions donne un grand satori. Dans un sutra il est dit que les illusions deviennent l'eau du satori. La relation est la même qu'entre la glace et l'eau illusion devient satori. Un gros morceau de glace, en fondant, donne beaucoup d'eau et les illusions qui s'en vont en masse donnent le satori. Mais ce serait une erreur de penser que parce qu'on a beaucoup d'illusions, on va avoir le satori.Après les difficultés vient le bonheur. Plus les difficultés sont grandes, plus le bonheur est grand. Les jeunes refusent la difficulté et ils ne sont plus du tout heureux. Zazen est difficile, mais rend heureux. Si vous continuez régulièrement zazen, et si vous faites l'expérience d'une sesshin, vous serez très heureux ensuite dans la vie quotidienne.On souffre en zazen mais on devient profond. La personnalité s'enrichit. Toutefois il n'est pas nécessaire de penser qu'il faut souffrir pour devenir profond. Zazen est comme un miroir. Le miroir ne change pas, il est toujours pur et les illusions ne le ternissent pas! Pendant zazen, on peut se rendre compte qu'on pense; les illusions passent et défilent devant le miroir. Même si nous mourons, nous pouvons exister éternellement parce que nous sommes sans noumène. C'est un koan.Si vous pouvez comprendre cela vous devenez libre et en paix!

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Question :

Quand les attachements et les illusions s 'évanouissent, que reste-t-il?

Réponse :

Inutile d'être anxieux.Il vous restera toujours des illusions. Même durant le sommeil on rêve et il est difficile de couper les illusions même pendant zazen. Le nirvana total n'existera que dans votre cercueil.Dans le bouddhisme Mahayana, on ne cherche pas vraiment à trancher les illusions, mais à les transformer, à les changer en sagesse, en pureté. Cela est zazen.Si vous continuez zazen, vous pourrez le comprendre. Nous pouvons réellement métamorphoser nos passions en sagesse. Nous pouvons diminuer ce qui est erroné en nous. Couper toute chose est très difficile, mais les métamorphoser par zazen est possible.

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