Dojo zen de Saint-Denis de la Réunion

  Pratique de la méditation zen

Questions à un maître zen

Mondo avec Maître Deshimaru

Questions de disciples et réponses de Maître Deshimaru

Deshimaru
La voix du milieu
L'être humain
Le karma
Illusions, attachement, souffrance
Aider les autres
Le bien et le mal
La mort
La conscience
L'impermanence, ici et maintenant  
Satori
La civilisation moderne
La vie quotidienne
Zen et christanisme
Dialogue avec les moines chrétiens
Faire zazen
La posture
La tradition

 

L'être humain

Question :

Qu'est-ce que l'ego?

Réponse :

L'ego est l'ego. C'est zazen... comme dans la phrase de Socrate « Connais-toi toi-même.Je dis toujours vous devez comprendre l'ego... et à la fin il n'y a pas d'ego, il n'y a pas de substance à l'ego. Où situer cette substance... le nez? le cerveau? le nombril? la tête?...... Difficile. L'esprit? Mais qu'est-ce que l'esprit? Cela devient un problème, le plus grand problème de la psychologie, de la philosophie et de la religion.J'ai expliqué que nous n'avions pas de noumène. L'ego change d'instant en instant; hier, aujourd'hui... il n'est pas le même. Notre corps change, nos cellules aussi. Quand on prend un bain, par exemple, toutes les cellules mortes de la peau s'en vont. Notre cerveau, notre esprit changent et ainsi de l'enfance à l'âge adulte ils ne sont pas identiques.Alors, où existe l'ego? Il est un avec le cosmos. Il n'est pas seulement le corps, l'esprit, mais il est Dieu, Bouddha, la force cosmique fondamentale.Trouver la véritable éternité n'est pas égoïste, mais authentique vérité, vrai noumène; telle est la vraie religion que nous devons créer.Notre vie est reliée au pouvoir cosmique, elle est en interdépendance avec toutes les existences. Nous ne pouvons pas vivre seuls; nous dépendons de la nature, de l'air, de l'eau. Aussi ne devons-nous pas devenir égoïstes... cela est le grand satori.Inutile d'être égoïste car chacun est en interdépendance avec tout le monde et avec toutes choses. Aussi, il n'est pas nécessaire de garder pour soi.Cela est très important.Montaigne aussi, dans ses Essais, a écrit: «Tout le monde regarde au-dehors, moi je veux regarder à l'intérieur. » Il est nécessaire de tourner son regard vers l'intérieur alors que la plupart ne regardent que vers l'extérieur. Dans la civilisation moderne, plus que jamais, nous devons regarder en nous-même. Le regard objectif est aisé, le regard subjectif ne l'est pas...

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Question :

Vous avez dit que nous devions avoir un ego et être au-delà de l'ego. Qu'est-ce que cela signifie?

Réponse :

Il semble y avoir contradiction. Mais avoir un ego fort n'est pas la même chose qu'avoir un ego égoïste.Vous devez avoir confiance en vous-même. Vous devez trouver votre véritable ego et en même temps abandonner votre ego. Si vous continuez zazen, votre véritable ego devient fort et vous trouvez votre moi propre. Vous n'êtes pas interchangeable avec un autre corps. Vous n'êtes pas seulement composé d'organes et de cheveux. Vous avez votre propre originalité. Mais pour la trouver, vous devez abandonner votre ego, tout abandonner pour que seul subsiste le véritable ego.Chacun a un karma, porte de la boue et de la poussière, Mais purifié de tout cela, vous pouvez trouver votre véritable originalité.

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Question :

Être différent des autres signifie aussi solitude. Est-ce possible à travers zazen d'apprendre à être seul, d'accepter la solitude?

Réponse :

Si vous continuez zazen, vos caractéristiques changent. Votre visage triste se transforme du tout au tout, inconsciemment, naturellement, automatiquement. C'est la voie qui vous change, qui vous ramène à la condition normale.Vous ne devez pas tenter d'échapper à la solitude en devenant trop « diplomate » ou en dépendant des autres. La solitude est bonne. Le zen, c'est la solitude. Devenir intime avec soi-même pendant zazen, c'est être complètement seul, mais avec les autres, avec le cosmos.

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Question :

Qu'est-ce que l'individualité?

Réponse :

L'individualité et un ego fort sont deux choses différentes. Revenir à sa propre originalité est très important : vous et moi ne sommes pas semblables. Vous n'êtes que vous. Vous devez trouver votre moi propre. Par zazen, vous pouvez couper votre mauvais karma.L'éducation moderne uniformise tout le monde; c'est une éducation de masse et même les parents sont incapables de saisir l'individualité profonde de leurs enfants.Par zazen, vous pouvez réaliser cette individualité, la rendre forte. C'est le devoir d'un homme religieux d'enseigner cela aux autres. De nos jours, on n'éduque que l'intellect, pas l'individu en tant que tel.

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Question :

Vous dites que lorsqu'on fait zazen, on est Bouddha ou Dieu, et d'autre part, vous dites qu'il faut abandonner l'ego... Comment est-ce conciliable?

Réponse :

Si vous abandonnez l'ego, vous devenez Dieu ou Bouddha! Lorsque vous abandonnez tout, lorsque vous vous dépouillez de toutes choses, quand vous en avez terminé avec votre conscience personnelle, à ce moment-là vous êtes Dieu ou Bouddha... Quand tout est achevé. Il n'y a aucune contradiction.Mais si vous vous dites < Maintenant, j'ai tout abandonné et je suis Dieu... », si vous pensez que vous êtes Dieu, vous n'êtes pas Dieu du tout. C'est là l'important et tout le monde se trompe sur ce point. Nous ne pouvons pas certifier nous-même que nous sommes Dieu. Si je dis «J'ai le satori », c'est de la folie.Un fou dit toujours «Je ne suis pas fou du tout, je suis dans ma condition normale... » Si le fou disait «Peut-être ne suis-je pas tout à fait bien. Peut-être est-ce que je me trompe dans ce que je fais », alors sa folie ne serait pas tellement profonde et on pourrait sûrement le guérir. Mais s'il dit qu'il est Dieu ou Bouddha, alors sa folie est incurable.Quand tout est achevé, rejeté, on devient Dieu ou Bouddha.Pour celui qui regarde la posture de zazen, la posture elle-même est Bouddha ou Dieu! La chose authentique est inconsciente.C'est une bonne question et tout le monde se trompe à son propos. Il en est toujours question dans les sutras et tout le monde discute de cela.C'est pourquoi je répète inlassablement qu'en faisant zazen, ce n'est pas la peine de se dire «Je dois devenir ceci ou cela. » Inconsciemment, naturellement, automatiquement vous pouvez le devenir. C'est l'essence du Soto Zen.Mushotoku... sans but... sans objet, uniquement concentré sur la posture de zazen.

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Question :

Vous avez écrit que «lorsqu'on fait zazen, on entre dans son cercueil ». Bien que sachant qu'on n'existe pas, on garde quand même le sentiment d'exister!

Réponse :

Bien sûr. On n'est pas mort! Si vous ne sentiez pas votre existence, vous seriez complètement mort; j'ai dit que vous deviez faire zazen comme si vous entriez dans votre cercueil. C'est un exemple.Pourquoi la mort devient-elle toujours un problème dans les religions? Parce que les gens sont égoïstes et que l'ego est important. Si on peut résoudre la question de la mort, à ce moment-là, on abandonne complètement l'ego. Si on n'a pas peur de la mort, on n'est pas égoïste. Aussi je dis qu'il faut faire zazen « dans son cercueil ». Le vrai zazen, est l'abandon de l'ego. L'ego n'existe pas. Pas de noumène... C'est le satori.Qu'est-ce que l'ego les oreilles, le nez, le cœur, le cerveau? Est-il séparé du reste? Tout le monde est égoïste et, à la fin, «on est vécu» par l'ordre cosmique. On ne peut pas arrêter le cœur, ce n'est pas possible. On ne veut pas penser et les pensées surgissent. On vit par interdépendance, par le pouvoir de l'interdépendance. La substance n'existe pas. Aussi peut-on l'abandonner.Si on comprend cela, si on abandonne l'ego, alors on peut devenir complètement heureux. Mais quand on est attaché à soi, on ne peut pas être heureux.Les gens égoïstes deviennent malades, leur vie n'est pas libre. Mais en diminuant leur égoïsme, ils peuvent devenir heureux. Les vrais religions enseignent toutes cela.Dans le christianisme, Jésus s'est sacrifié pour tous les êtres, aussi est-il vivant. Les religions enseignent d'abandonner l'ego pour aider, servir les autres : c'est ce qu'il y a de plus difficile pour l'être humain. La civilisation moderne est on ne peut plus égoïste. Les hommes sont malheureux. Abandonner l'ego est difficile, mais il faut influencer les autres.

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Question :

Pendant zazen, quand on a peur d'abandonner son ego, quelle est la bonne attitude d'esprit?

Réponse :

Ce n'est pas la peine d'y penser. Continuer à pratiquer est important. Dans le reflet du miroir, la forme de votre visage apparaît; vous vous reflétez vous-même, vous pouvez voir, comprendre votre esprit, connaître votre véritable ego.

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Question :

Je ne comprends pas le symbole du miroir dans l'Hokyo Zan Maï: «Le reflet, l'image, c'est moi, mais je ne suis pas ce reflet, cette image. »

Réponse :

Pendant zazen l'ego subjectif peut regarder l'ego objectif, et inversement. Nous pouvons nous rendre compte que nous ne sommes pas tellement bons, et même parfois pires que les autres, car pendant le zazen profond les vrais désirs se révèlent. Nous pouvons les voir complètement.Nous avons toujours deux ego mais cela ne veut pas dire une double personnalité.Ainsi l'ego objectif est le bon esprit. C'est l'esprit de Dieu, c'est l'esprit de Bouddha, celui qui voit. Nous pouvons nous observer profondément, nous éveiller et réfléchir. A ce moment-là nous devenons purs et nous pouvons nous purifier davantage.Dans la vie de tous les jours, nous ne pouvons pas être vraiment purs. Mais à la longue, avec l'expérience acquise à travers la pratique de zazen, notre vie se purifie, même si elle est rendue très impure par notre excès de désirs. Dans la vie quotidienne nous ne pouvons pas atteindre une complète pureté en raison de notre karma. Chacun a le sien. Pour une complète pureté le cercueil est ce qu'il y a de mieux! ... C'est pourquoi la religion est nécessaire dans la vie.Cependant, après le zazen, la pureté s'éloigne car les deux aspects existent dans l'être humain. Mais si nous avons l'expérience de la vie religieuse, cet esprit objectif aménagera un bon ego subjectif et l'esprit deviendra frais et libre.

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Question :

Maître Dogen a dit: «Je ne suis pas les autres. »

Réponse :

C'est une grande histoire et un koan.Je ne suis pas les autres. C'est moi qui dois agir. Si je ne pratique pas, je ne peux pas expliquer.Voici, par exemple, l'histoire célèbre sur les champignons:Maître Dogen était allé en Chine pour trouver la vraie sagesse, comprendre le zen. Mais il n'était pas arrivé à comprendre bien qu'il ait étudié beaucoup de choses. La civilisation du bouddhisme, du zen, était alors très répandue en Chine et il était allé de temple en temple. Cependant il n'était pas satisfait de l'enseignement reçu et il voulait rentrer au Japon. Puis, un jour, il arriva dans un petit temple. C'était l'été, il faisait très chaud. Il y avait un très vieux moine qui travaillait et son travail consistait à faire sécher des champignons. Il étalait les champignons sous le soleil malgré son âge.Maître Dogen vit cela et lui posa une question «Pourquoi travaillez-vous, vous êtes un vieux moine et vous êtes un supérieur. Il faut utiliser les jeunes pour faire ce travail. Ce n'est pas la peine de travailler. De plus aujourd'hui il fait très chaud. Faites cela un autre jour.» Maître Dogen était alors jeune. La réponse du vieux moine, très intéressante, est devenue une réponse historique du Soto Zen.C'est ainsi que Maître Dogen trouva le satori.Le moine lui dit: «Vous êtes venu du Japon, jeune homme, vous êtes intelligent vous comprenez le bouddhisme, mais vous ne comprenez pas l'essence du zen. Si je ne fais pas cela, si je ne travaille pas ici et maintenant, qui pourrait comprendre cela? Je ne suis pas vous, je ne suis pas les autres. Les autres ne sont pas moi. Aussi, les autres ne peuvent pas expérimenter. Si je ne travaille pas, si je n'expérimente pas ici et maintenant, je ne peux pas comprendre. Si un jeune m'aidait à travailler, si je le regardais, je ne pourrais pas avoir l'expérience de faire sécher les champignons. Si je disais : " faites ceci, faites cela. Mettez cela ici ou là ", je ne pourrais pas en faire l'expérience. Je ne pourrais pas comprendre l'acte de l'ici et maintenant...«Je ne suis pas les autres et les autres ne sont pas moi. » Maître Dogen fut très surpris et il comprit. Il était très intelligent. Alors, il se dit : «Je dois rester encore en Chine. » Il avait étudié dans les livres, il cherchait avec son cerveau et pensait tout le temps, mais à ce moment il comprit: «Si je n'expérimente pas, je ne pourrai pas comprendre le vrai zen. Le zen ne peut pas être saisi par le cerveau.Le vieux moine et Maître Dogen se sont compris. Maître Dogen fut surpris et profondément marqué. Puis, Maître Dogen continua : « Pourquoi faites-vous sécher ces champignons aujourd'hui, faites-le un autre jour », et le vieux moine répondit : «Ici et maintenant est très important. Faire sécher les champignons, on ne peut pas le faire un autre jour. Si ce moment se perd, on ne pourra plus les faire sécher : il pleuvra peut-être ou le soleil ne sera peut-être pas assez fort. Il faut une journée chaude pour faire sécher les champignons, alors le faire aujourd'hui est juste. Allez, partez maintenant, je dois travailler! Si vous voulez trouver le vrai zen, vous devez aller voir mon Maître au dojo. » Alors Maître Dogen alla voir le Maître de ce vieux moine, qui l'éduqua. Il comprit le vrai zen qu'il n'avait pas pu comprendre jusqu'à ce jour.Maître Dogen resta un an dans ce temple puis il reçut le kesa de la transmission. Après il retourna au Japon. Mais le principe de sa philosophie est resté : «Ici et maintenant, les autres ne sont pas moi, je ne suis pas les autres. » « Si je ne pratique pas, je ne peux pas comprendre. Si quelqu'un d'autre fait, je ne peux pas être dans ce qu'il fait. » Voilà un premier point.L'autre est « shikantaza, seulement zazen ». Pas besoin de koans, pas besoin de penser; seulement zazen. Descartes a dit : «Je pense, donc je suis. » Je dis : «Je ne pense pas; c'est pourquoi j'existe. »Si on fait des catégories, si on pense trop, on limite sa conscience. Mais notre conscience est très profonde comme le cosmos. Elle est en relation avec lui. Si on ne pense pas, la conscience devient étern

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Question :

Mais que l'on pense ou que l'on ne pense pas, on existe quand même. Les deux sont importants. Lequel vient en premier?

Réponse :

Si on ne pense pas, on existe éternellement, parce qu'alors la conscience est illimitée, éternelle. Elle continue jusqu'à Dieu, Bouddha, le cosmos, la vérité.Quand l'ego a disparu, il n'y a plus dualité. S'il y a moi et les autres, c'est une dualité. Quand il n'y a plus de moi, il n'y a plus les autres. Il y a interdépendance. C'est la non-pensée.Vous ne devez pas limiter votre pensée avec les mots, avec les phrases. Si vous faites des catégories par vous-même, à ce moment-là, les mots ne conviennent pas. Les Européens créent toujours des catégories avec le vocabulaire et quelquefois, ils trouvent des contradictions. Il y a toujours les deux dans le langage. Quand je dis «Qu'est-ce que cela? » «Cela est cela. » Mais cela est la dernière réponse. « Qu'est-ce que cela? » «C'est un kyosaku. » Mais répondre « c'est du bois » est vrai aussi. « Qu'est-ce que cela? » «du chêne» n'est pas une erreur. Dans le zen, les discussions sont toujours comme cela. Quelqu'un dit: «La flamme bouge». Un autre dit «Non, ce n'est pas la flamme, c'est le vent qui bouge. » Un autre, plus intelligent, dit: «Ce n'est ni la flamme ni le vent, c'est votre esprit qui bouge. » Et enfin, une autre personne dit : «Ce n'est ni le vent, ni la flamme, ni votre esprit. » Vous devez comprendre pourquoi les autres ne sont pas vous. Si je ne peux pas faire, je ne peux pas expliquer. Je ne suis pas les autres. Je suis ce que je suis. Je suis moi-même. Pas besoin de suivre les autres.Il y a beaucoup de significations. «Je suis moi. » « Pas besoin de suivre les autres. » Je dois décider par moi-même. Je dois faire par moi-même. Les autres ne sont pas moi, c'est vrai, mais d'autre part mon esprit et votre esprit ont la même substance. Je suis semblable au ciel et à la terre. Quand on abandonne tout, on devient l'autre. C'est l'abandon de l'ego. Ne pas faire d'erreur.Tel est le koan des champignons de Maître Dogen.

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