Dojo zen de Saint-Denis de la Réunion

  Pratique de la méditation zen

Questions à un maître zen

Mondo avec Maître Deshimaru

Questions de disciples et réponses de Maître Deshimaru

Deshimaru
La voix du milieu
L'être humain
Le karma
Illusions, attachement, souffrance
Aider les autres
Le bien et le mal
La mort
La conscience
L'impermanence, ici et maintenant  
Satori
La civilisation moderne
La vie quotidienne
Zen et christanisme
Dialogue avec les moines chrétiens
Faire zazen
La posture
La tradition

 

Zen et christanisme

Question :

Quelles sont les grandes différences entre le christianisme et le bouddhisme?

Réponse :

Si l'on pense qu'il y a des différences, il y en a. Si on pense qu'il n'y en a pas, il n'y en pas. L'origine est la même, mais on veut toujours faire des catégories.Quand vous regardez du dehors, ils diffèrent complètement. Mais dans l'esprit profond, je ne trouve pas de différences. Ils sont interdépendants. Le bouddhisme a fortement influencé certains théologiens chrétiens et vice versa, certains pasteurs ont influencé le bouddhisme. Les deux influences ont été profondes. Cela aboutit, dans l'essence, à une seule et même religion.Le père Lassalle ne fait jamais de conférence sur le christianisme. Il parle toujours de zen. Beaucoup de chrétiens font de même; leurs conférences portent sur le zen et non plus sur le christianisme. Parfois, mes conférences traitent du christianisme; quelquefois, j'oublie Bouddha et je ne parle que de Dieu et du Christ. Selon certains penseurs, cinq grands Initiés sont à la base du bouddhisme, christianisme, islamisme, judaïsme, taoïsme. Il faut donc comprendre les racines. Le zen, c'est vouloir comprendre les racines de toutes les religions. Le reste, c'est de la décoration.

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Question :

Le zen est expérience pure et n'est pas simplement identifiable au bouddhisme, même s'il s'est épanoui en son sein. Jusqu'à présent la «philosophie» qui a essayé d'en exprimer quelque chose (puisqu'il faut bien parler un peu... même si ce n'est pas désirable) l'a fait dans un contexte bouddhiste. Pensez-vous que si des chrétiens pratiquent le zen, ils puissent un jour en exprimer quelque chose sous une forme qui pourra «philosophiquement» différer notablement de la forme bouddhiste (par exemple sur des points comme l'interprétation de la relation entre la vie ici et après la mort, ou comme le rapport entre un Dieu créateur et l'essence des choses)?

Réponse :

Le zen n'est pas philosophie, n'est pas psychologie, est pas doctrine. Il est au-delà des philosophies, des concepts, des formes. L'essence du zen ne s'exprime pas avec des mots. Bien sûr, il y a le bouddhisme zen qui est un cadre traditionnel avec ses disciplines, ses rites et ses règles. Et il y a le zen qui est ouvert à tous en ce qu'il représente d'universalité de la conscience et de la pratique de la méditation, par la parfaite posture du zazen; mais aussi le moyen de développer la présence à soi-même dans un art de vivre ici et maintenant, dans la perfection de l'instant, d'apprendre à libérer et à maîtriser toutes les énergies qui sont en nous et, ce faisant, participer pleinement à la création qui se fait à travers nous et par nous quotidiennement. La philosophie vient après la pratique.Mais il est important de rattacher le zen à son origine et de le bien connaître — jusqu'à la source indienne, puis chinoise avec le Ch'an et la lignée de tous les Maîtres jusqu'à aujourd'hui, sinon on risque de répandre non le vrai zen mais n'importe quoi.Si l'on est fidèle à la pratique, le zen est création continue.A travers une connaissance profonde de l'esprit et de la source, les Européens peuvent à leur tour créer un zen original qui leur soit propre.

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Question :

Comment parler de Dieu?

Réponse :

Dans la civilisation moderne, les gens ont besoin d'une base scientifique pour croire en un Etre suprême. Il y a trop de dieux, de bouddhas. Ils ne se rendent pas compte de ce que cela représente. Pour les chrétiens convaincus, cela évoque quelque chose, de même que pour les bouddhistes convaincus. Mais dans, le bouddhisme, on abandonne finalement cette union avec Bouddha pour parler de ku, la vacuité. C'est plus scientifique.En Europe, mes conférences semblent faciles, car Dieu, c'est l'absolu. Mais au Japon, en Extrême-Orient, il y a trop de sectes bouddhistes, trop de religions. Cela devient très compliqué car il y a beaucoup de catégories.Au Japon, quand on meurt, on dit qu'on devient Bouddha et le mot Bouddha évoque la mort. Alors, les jeunes ne peuvent pas comprendre.

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Question :

Quelle est la différence entre la passion du Christ et la compassion du Bouddha?

Réponse :

Le Christ s'est opposé aux gouvernants de son temps. Un véritable homme religieux doit s'opposer à une mauvaise politique. Il se sacrifie pour les hommes. Si le Christ n'avait pas été crucifié, le christianisme ne se serait pas développé. C'est pourquoi la Croix est très importante. Les apôtres ont ensuite diffusé et organisé son enseignement; ils ont développé l'esprit de compassion envers sa mort cruelle. La mort du Christ a fait la puissance de leur mission. Pour le Christ comme pour Bouddha, l'amour universel est important. Compassion signifie amour et compréhension de l'esprit de l'autre si un homme souffre, il faut ressentir de la « sympathie» pour lui. La plupart des gens sont envieux, cela se situe à l'inverse de la compassion. Si quelqu'un est heureux ou réussit, nous sommes heureux avec lui, s'il est triste, nous le sommes aussi.Passion et compassion ne sont pas différentes originellement. Le Bouddha était âgé, il éprouvait de la compassion, le Christ était jeune et connut la passion; le Christ a eu moins d'expériences de la vie, c'est la seule différence. Quand on lit la Bible, c'est très moraliste. En lisant les sutras, les jeunes y trouvent de nombreuses contradictions car ils incluent beaucoup de choses, à droite, à gauche. Le Christ, c'est la beauté, la pureté, l'émotion; le côté moraliste est dur, très fort dans le christianisme. Dans le bouddhisme, il l'est aussi mais en dernier lieu, les illusions deviennent satori. Des désirs forts sont comme un gros morceau de glace qui donne beaucoup d'eau, de grands bonnos font de grands satoris. Si les désirs sont élevés, ils font une personnalité très large qui peut embrasser toutes les contradictions. Bouddha a eu de nombreuses expériences, la vie au palais, de nombreuses femmes, puis six années de mortifications. A la fin, il se retrouva à demi mort. Sous l'arbre de la Bodhi il fut tenté et harcelé par toutes sortes de démons intérieurs. Alors qu'il n'avait plus que la peau et les os, Sujyata le soigna et lui donna du lait, tous les jours. Bouddha retrouva peu à peu le goût de la vraie vie, grâce à cette femme, son corps revint à la condition normale et son esprit aussi satori. L'équilibre est important. Trop de jouissance ou trop d'ascétisme ne sont pas bons.Après avoir ressenti la vraie vie et la vraie liberté, il fit naître le bouddhisme qui allait à l'encontre des religions traditionnelles alors trop ascétiques ou moralisatrices. Après sont apparus les kaïs — les préceptes — et quand le Hinayana est devenu trop formaliste, le Mahayana a créé une nouvelle sagesse qui à son tour est devenue trop traditionaliste. Les religions doivent toujours être vivantes et ne pas créer de catégories qui rendent le cerveau étroit et compliqué. La religion n'est pas la science, elle n'a pas besoin de catégories.

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Question :

Saint Paul a dit: « Toute la création souffre et attend la rédemption. » Qu'est-ce que cela signifie du point de vue de la compassion?

Réponse :

Dans le bouddhisme tibétain il est toujours question de compassion mais la sagesse aussi est nécessaire. L'une sans l'autre ne peut être authentique. Il faut savoir user de la compassion avec sagesse.La compassion du père et de la mère est nécessaire pour l'éducation d'un enfant. La sagesse permet de doser sévérité et douceur, tendresse. Je cite toujours l'exemple du cerf-volant pour lui permettre de bien voler, il ne faut ni trop le tirer ni trop le lâcher. L'équilibre est très important.La compassion du Bouddha s'adresse à tous les hommes sans distinguer les riches et les pauvres. Il ne s'agit pas de résoudre les problèmes politiques et les guerres. La religion sauve les hommes à une plus haute dimension le problème est de changer l'esprit des hommes. Il ne s'agit pas de révolution politique mais de révolution à l'intérieur des esprits. Si les hommes ne changent pas a l'intérieur d'eux-mêmes, rien ne peut changer. La crise de notre civilisation vient de ce que la plupart des hommes ont un esprit anormal. Si l'esprit change, la civilisation change. On pourrait ainsi résoudre le problème du pétrole... en venant faire des sesshins au lieu de regarder la télévision! Par votre comportement vous influez sur celui des autres.

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Question :

Voici la réponse que m'a donnée un moine zen à Eiheiji, où j'étais l'an dernier, après un long entretien : «Dans le zen, quand on a le satori, on peut dire : je suis Dieu! » Peut-on interpréter sa déclaration suffocante et la rapprocher de celle de saint Paul qui dit : « Ce n'est plus moi qui vit, mais le Christ qui vit en moi! »

Réponse :

Zazen est la même chose que Dieu ou Bouddha. Dogen, maître de la transmission, disait «Zazen lui-même est Dieu. » Il voulait dire par là qu'en zazen, vous êtes harmonisé avec le cosmos.En conscience d'hishiryo, tout est terminé. C'est la conscience du satori. Le moi est coupé et dissous. C'est la conscience de Dieu. C'est Dieu.Les gens ont un Dieu personnel. Nous ne sommes pas séparés. Il n'y a pas dualité entre Dieu, Bouddha et nous.Si je dis «Je suis Dieu ou Bouddha », c'est que je suis un peu fou. Mushotoku est important. Si on pense consciemment à Dieu ou Bouddha, ce n'est pas bon. Si je vous dis pendant votre zazen «Vous êtes Dieu ou Bouddha », c'est totalement différent que si vous le dites vous-même en parlant de vous. Il ne faut pas avoir de but dans le zen.

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Question :

En état d'hishiryo, le soi personnel, même illuminé, demeure toujours. Maître Eckart a dit: «Si vous vous videz, Dieu entre en vous. »

Réponse :

Dans le zen, l'ego entre en Dieu.Dieu entre dans l'ego.Les deux sont nécessaires.

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Question :

Je pense que la méditation zen permet une conscience plus profonde de soi par l'intermédiaire du corps, par une posture appropriée, par une perception du corps qui donne conscience d'appartenir au cosmos. Mais ce n'est pas une conscience cosmique pour moi. C'est la conscience d'être, par mon corps, participant du cosmos. Je ne pense pas que le cosmos lui-même ait une conscience propre.

Réponse :

C'est impossible à sentir consciemment. C'est pourquoi les maîtres procèdent par paraboles, poèmes ou peintures. Pour la philosophie chinoise, la terre et moi-même avons la même racine. Si on dit toujours « Dieu, Dieu, Dieu... » à l'époque actuelle, les gens ne comprennent pas de quoi on parle et ils ne peuvent pas croire. Dans le bouddhisme, il en est de même avec Bouddha. Mais où est Dieu? Nous ne pouvons pas le voir. Avec le système cosmique, la conscience cosmique, nous pouvons comprendre. C'est physiquement existant, c'est l'énergie. Même la science s'intéresse à présent à ce qu'est l'énergie du cosmos.Nous devons recevoir cette énergie en nous par la respiration, par l'alimentation, par notre peau. Mais il n'y a pas que cela. Nous avons aussi un ego, une conscience personnelle. La conscience aussi reçoit l'énergie du cosmos.Des physiologistes ont étudié cela et l'ont certifié. Mais ai notre conscience personnelle et notre ego sont trop forts, on la reçoit mal. C'est pourquoi il faut abandonner cette conscience personnelle pour recevoir Dieu. Si nous nous intériorisons par la concentration alors nous sommes réceptifs. Avec zazen, pendant une sesshin, la conscience personnelle se purifie par la méditation et les neurones deviennent calmes. On peut alors recevoir pleinement l'énergie cosmique.

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Question :

Je pense aussi que la conscience se vide de toutes les impressions habituelles, de tous les événements qui nous frappent et nous touchent, pour atteindre un niveau de conscience plus profond, qui est le sens d'appartenir à un plus grand que soi, l'ordre cosmique.

Réponse :

Par ce vide, on reçoit facilement l'énergie cosmique parce que nous ne vivons pas seulement par nous-même. L'ordre cosmique nous dirige. Par exemple nos nerfs autonomes ne fonctionnent pas par notre volonté. Ils sont dirigés par la vie cosmique. Dans la religion, on dit «Dieu dirige. » Nous ne sommes pas seuls, notre vie est dirigée par Dieu, Bouddha, par la manifestation de l'énergie.

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Question :

C'est peut-être l'expression de « conscience cosmique » qui est à l'origine de mon hésitation. Teilhard de Chardin parle d'un «sens cosmique»; quand nous descendons en nous-même, nous avons l'impression d'appartenir au cosmos. Ceci ne revient-il pas à attribuer une conscience au cosmos lui-même?

Réponse :

La conscience coïncide avec la vie. Les médecins japonais disent «Tout a une conscience, tout est conscience. » Même les plantes ont une conscience si on veut couper une fleur brutalement, elle se rétracte. La science fait des recherches dans ce sens actuellement.Chaque existence a une conscience. Tout est difficile a expliquer en dernier. C'est pourquoi on dit « Dieu ». J'étudie cela profondément en ce moment, parce que dans le zen, il faut toujours trouver une caution et être réaliste. Alors, quelquefois, le zen nie le Bouddha. Qu'est-ce que le système cosmique? Qu'est-ce que la vérité cosmique? A la fin, on dit «Dieu» ou «Bouddha ». C'est le terme ultime. Si les gens croient en Dieu ou en Bouddha, c'est plus profond. Mais nous ne devons pas faire de catégories et j'essaie d'expliquer à la fois scientifiquement et par des poèmes. Ne faites pas de catégories. Si vous en faites, ce n'est pas le vrai Dieu, le vrai Bouddha.Je dis que notre conscience est plus rapide que le cosmos. Cela signifie que Dieu dépasse le cosmos. Dans le bouddhisme, ku, la vacuité, excède le cosmos.

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