Dojo zen de Saint-Denis de la Réunion

  Pratique de la méditation zen

Questions à un maître zen

Mondo avec Maître Deshimaru

Questions de disciples et réponses de Maître Deshimaru

Deshimaru
La voix du milieu
L'être humain
Le karma
Illusions, attachement, souffrance
Aider les autres
Le bien et le mal
La mort
La conscience
L'impermanence, ici et maintenant  
Satori
La civilisation moderne
La vie quotidienne
Zen et christanisme
Dialogue avec les moines chrétiens
Faire zazen
La posture
La tradition

 

Satori

Question :

Pouvez-vous parler du satori?

Réponse :

Vous ne pouvez pas le comprendre avec votre cerveau. Par contre, si vous faites zazen, vous pourrez avoir le satori inconsciemment. La posture de zazen elle-même est le satori.Le satori est le retour aux conditions normales, originelles. C'est la conscience du bébé. Le Christ a dit la même chose il faut revenir à la vraie condition originelle, sans karma, sans complications. Contrairement à ce que pensent certains, il ne s'agit pas d'une condition spéciale, particulière, mais du retour aux conditions originelles.Par la pratique de zazen, on devient paisible. Par le corps, on peut trouver la conscience du satori. Aussi, la posture est très importante. Vous ne pouvez pas trouver le satori la tête dans les mains comme le Penseur de Rodin. C'est pourquoi les Asiatiques respectent la posture du Bouddha. C'est la plus haute position du corps. Ni le chimpanzé ni le bébé ne peuvent trouver le satori.Le bébé est dans son état originel mais après, le karma nous noircit et il nous faut retrouver cet état. Le chimpanzé n'en a pas besoin, lui aussi est dans son état originel. Seul l'homme qui l'a perdu devient compliqué et doit le reconquérir. Cet état originel est l'esprit de Dieu, ou la nature de Bouddha.

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Question :

Le satori est-il très difficile à obtenir?

Réponse :

Non, c'est l'état normal. Le zazen vous aide. Vous recommencez la pratique sans cesse et cela devient facile.

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Question :

Vous dites que le satori est inconscient et qu'on ne peut pas s'en rendre compte. Mais peut-on se rendre compte qu'on n'a pas le satori?

Réponse :

Si vous dites «J'ai le satori », vous êtes fou. Personne ne le sait. Moi, je n'en sais rien non plus. Jusqu'à la mort, on ne peut pas le savoir. Si vous pensez «J'ai eu le satori », vous limitez le satori par votre pensée consciente. Quand vous dites «Ça y est, j'ai le satori, maintenant », vous devenez limité, vous faites une catégorie, et alors ce n'est pas le vrai satori, mais un satori étroit.Le satori est illimité. C'est la conscience cosmique et on ne peut pas savoir ce que c'est! La sagesse totale est vrai satori.Est-il possible de comprendre qu'on n'a pas le satori? Il n'est pas nécessaire de penser à propos du satori.

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Question :

Bouddha a parlé de différents états de méditation correspondant à différentes expériences. Y a-t-il quelque chose de semblable dans le zen?

Réponse :

Dans le zen, il n'y a pas de degré, pas de marche. Si vous faites zazen ici et maintenant, vous avez le vrai satori. Ici et maintenant pas de degré, c'est très important.Quand vous avez trente ans, ce n'est pas la peine d'être comme quelqu'un de quatre-vingts ans. A trente ans, il faut avoir trente ans, et ne pas être comme un vieillard.Les pensées différent selon les âges et le satori aussi est différent. La compréhension d'un homme de trente ans n'est pas celle d'un homme de quatre-vingts ans. Pas de grade, ici et maintenant, pas de degré.Ce n'est pas la peine de se dire: «il faut que je devienne Bouddha, que j'aie le satori. » Si vous avez vingt ou trente ans, vous devez comprendre le satori d'une personne jeune. Mais le satori, qu'est-ce que c'est? Tout simplement la vérité, comprendre le système cosmique, la vérité cosmique. Et c'est seulement quand on a tout abandonné que l'on peut s'harmoniser avec le système cosmique.

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Question :

Quels sont les degrés du satori? Vous avez dit que Bouddha avait eu un grand satori.

Réponse :

Il n'y a pas besoin de degrés. Inutile de vous demander pendant zazen : «A quel degré de satori en suis-je? » On ne peut pas les comparer, ni dire lequel est plus profond, plus infini.Par exemple, en ce qui concerne les petites choses de la vie quotidienne, zazen peut vous faire voir vos petites erreurs. Quand vous comprenez et que vous appliquez ce que vous avez compris, c'est le satori. C'est petit et en même temps grand.Comprendre objectivement n'est pas la même chose que comprendre subjectivement. Une chose petite d'un point de vue objectif peut devenir subjectivement la source d'un grand satori. Maître Kyogen eut le satori en balayant son jardin, lorsqu'une tuile heurta un bambou. L'aspect objectif n'est pas important. Il y a des millions de phénomènes semblables, mais il eut un satori.Gensha, alors qu'il voyageait à pied, se heurta le gros orteil sur une pierre. « D'où vient la douleur?» se demanda-t-il et il obtint le satori. Beaucoup se blessent à l'orteil et n'ont pas pour autant le satori.On ne peut pas faire de degrés, ni objectifs ni subjectifs. Le zen est la voie directe qui vous mène au sommet, comme le téléphérique.

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Question :

Qu'est-ce que Ken Sho?

Réponse :

Regarder sa propre nature, regarder son satori. C'est un mot technique du zen Rinzaï. C'est le maître qui certifie le satori. Le Ken Sho est identique au « connais-toi toi-même» de Socrate. Nous n'avons pas de noumène. Si vous comprenez cela, c'est le satori. Vous revenez à l'ordre cosmique.C'est le satori de Çakyamuni Bouddha sous l'arbre de la Bodhi. Il comprit qu'il n'avait pas de noumène, qu'il était relié à l'ordre cosmique, à la puissance cosmique et à ce moment-là il obtint le satori. Quand il s'est relevé, il avait tout résolu. En quarante-neuf jours, tout son karma s'est libéré. Chaque jour, une jeune fille lui apportait du lait, le massait. Et à la fin il comprit qu'il n'y avait pas de noumène. Rien. Le noumène est puissance cosmique fondamentale. Le satori du Bouddha fait cela.Pendant zazen, c'est identique et, si vous y croyez, il n'y a pas besoin de Ken Sho. Pendant zazen, vous vous reliez à l'ordre cosmique.

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Question :

Avez-vous le satori, Maître Deshimaru?

Réponse :

Je ne sais pas!Il ne faut ni rechercher, ni vouloir le satori. Dogen insiste particulièrement sur ce point dans le Soto Zen le satori existe déjà en nous bien avant notre naissance. Ku est satori, tous deux n'ont pas de noumène et signifient existence sans noumène. Puisque nous avons le satori, pourquoi chercher à l'obtenir?Mais si notre vie est remplie de passions, de désirs, si elle est compliquée, il faut alors pratiquer zazen pour retrouver ses conditions normales. Zazen en lui-même est satori. Le retour aux conditions normales se fait par une bonne posture, une respiration correcte, le silence.Ici et maintenant est le plus important.Arrêter de pratiquer zazen, c'est arrêter le satori. Le satori ne peut être une expérience passée, il est ici et maintenant.Jusqu'à la mort, il ne peut y avoir de satori total, celui-ci est dans notre cercueil.Si je réponds à la question « Oui j'ai le satori », ce n'est pas le vrai satori.Si vous demandez à quelqu'un «Etes-vous bon?» et qu'il vous réponde « Oui », il y a de fortes chances pour que la personne en question ne soit pas aussi bonne qu'elle le prétend, sinon sa réponse aurait été plus modeste «Pas tellement », ou «Je n'en sais rien...Demandez à un malade mental s'il est fou, il vous répondra certainement qu'il ne l'est pas, et qu'au contraire il est tout à fait normal...Il en est de même pour le satori.La plupart des gens vivent comme de véritables fous du satori. Ils vivent dans les passions, les désirs, les illusions.En pratiquant zazen on revient aux conditions normales, on s'approche de Dieu ou de Bouddha.Répondre que l'on a le satori signifie en réalité qu'on est dans des conditions anormales, comme le fou, comme la majorité des hommes pour qui les conditions normales sont l'argent, la bonne chère, les honneurs, le sexe, les vêtements, les voitures, etc.Pourtant, tout cela n'est qu'illusion vaine de l'existence, et qui apparaît comme telle au moment de la mort. Le corps lui-même est une illusion lorsqu'on le met dans son cercueil.Si l'on comprend tout cela, notre vie acquiert une nouvelle force, et il n'est plus nécessaire de craindre quoi que ce soit.Notre vie devient paisible, c'est la vraie liberté intérieure. C'est cela le sens du satori.

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